Disgrâce

15 Juin 2011 , Rédigé par keisha Publié dans #Romans Afrique du Sud

http://www.seuil.com/images/couv/b/9782020387552.jpgDisgrâce

J.M. Coetzee

Seuil, 2011

 

 

 

 

 

  David Lurie (le "il" du texte par qui seul le lecteur connaîtra l'histoire) est un enseignant blasé et sans enthousiasme qui rêve d'écrire un opéra sur un amour de Byron en Italie. Divorcé deux fois, il a derrière lui une belle carrière de Don Juan et, après une période de "bonheur modéré", démarre une liaison avec une de ses étudiantes. Cela se sait, bien sûr. Il refuse de se défendre devant la commission qui le convoque et accepte sa démission.

Il trouve refuge dans la ferme de sa fille Lucy, se retrouve à aider Petrus, le fermier voisin et Bev, dans son refuge pour animaux.

Environ à la moitié du roman, survient le drame, l'agression contre Lucy, et ses conséquences pour tous.

 

Dans cette Afrique du Sud post apartheid,aucun endroit n'est à l'abri, semble-t'il. Après quelques mois d'absence, David Lurie retrouve sa maison cambriolée et vidée, bien qu'elle soit "fortifiée selon les normes en vigueur".

"C'est toute une bande de pillards qui ont investi les lieux, qui ont fait place nette et se sont retirés chargés de sacs, de cartons, de valises, un butin : réparations de guerre, un épisode de plus dans la grande redistribution des biens."

 

Après l'agression chez Lucy:

"Il y a des risques à posséder quoi que ce soit : une voiture, une paire de chaussures, un paquet de cigarettes. Il n'y en a pas assez pour tout le monde, pas assez de chaussures, pas assez de voitures, pas assez de cigarettes. Trop de gens, pas assez de choses. Et ce qu'il y a doit circuler pour que tout un chacun ait l'occasion de connaître le bonheur le temps d'une journée. C'est la théorie. Tiens-t'en à la théorie et à ce qu'elle a de réconfortant. Il ne s'agit pas de méchanceté humaine, mais d'un grand système de circulation des biens, avec lequel la pitié et la terreur n'ont rien à voir. C'est ainsi qu'il faut voir la vie dans ce pays: sous son aspect schématique. Sinon on pourrait devenir fou. Les voitures, les chaussures, les femmes aussi. Le système doit bien prévoir une place pour les femmes et ce qui leur arrive."

 

Coetzee ne précise jamais d'ailleurs la couleur des personnages (juste le mot Africain à un moment), il laisse deviner le basculement des rapports entre noirs et blancs, Petrus et Lucy par exemple.

 

Au début du roman, à cause de la froideur du style et de l'histoire assez sordide, j'ai eu du mal à ne pas lâcher la lecture. Lurie n'est pas spécialement sympathique dans son amour de la chair fraîche. "Ce que j'ai à dire pour ma défense repose sur les droits du désir [explique-t'il plus tard à sa fille]. Sur le dieu qui fait trembler même les petits oiseaux." Il semble ensuite carrément tirer un trait sur cet aspect des choses, radicalement. Sa visite chez les parents de l'étudiante laisse perplexe...

 

Dès son arrivée chez Lucy (assez tôt dans le roman), j'ai mieux accroché, il faut dire que Bev et ses relations avec les animaux y ont aidé... Lucy, magnifique personnage, forte et faible à la fois, qui fait des choix étonnants semble-t'il mais les assume, devient quasiment le centre du roman.

"David [elle nomme ainsi son père], je ne peux pas mener ma vie en tenat compte de ce qui te plaît ou pas. C'est fini. Tu te comportes comme si tous mes faits et gestes étaient ma vie à toi. (...) je ne suis pas un personnage secondaire. J'ai ma vie à moi, comme tu as la tienne. Et pour ce qui est de ma vie, c'est moi qui prends les décisions à prendre."

 

Encore signaler que les pages où l'opéra sur Byron s'impose quasiment à lui, comment il voit les personnages prendre vie, comment la musique se crée, les instruments interviennent, sont magnifiques.

 

En conclusion : un roman fort, dérangeant, sans conclusion, l'histoire va continuer... A découvrir.

 

Lecture commune avec Zarline, Hélène, inspirée d'une liste signalée ici par zarline.

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Bene 22/06/2011



Comme je l'ai déjà dit sur un autre blog, il FAUT que je le lise !



Lystig 29/06/2011



sous la table de nuit, sous le lit, sous la commode...



Lystig 30/06/2011



oui, je commande aussi sur le net... mais je planque ensuite !


et puis, ce sont souvent les garçons qui prennent le courrier et s'exclament : "Maman, ENCORE un livre"...



Lystig 01/07/2011



oui, pour internet également quand je suis sûre de vouloir tout de suite un livre... comme "sans parler du chien" qui va bientôt rejoindre ma "BAL" (biblio à lire) !!!



Lystig 09/04/2012


je l'avais noté, reste à le trouver en poche !

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